Illégitimité des Operations de Maintien de la Paix des Nations Unies en République Démocratique du Congo : Diagnostic d’une Crise de confiance et Prospective stratégique
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Résumé
Résumé
La République démocratique du Congo (RDC) a toujours été au centre des préoccupations des grandes puissances, c’est-à-dire de la crise de 1960 deux mois après l’indépendance, à celle d’aujourd’hui 2026 (M23 version II), qui déstabilise la région des Grands Lacs. Face à cette insécurité, les Nations Unies ont successivement déployé des opérations de maintien de la paix (OMP), de l'ONUC (1960) à la MONUSCO (2010). Cependant, malgré plus de deux décennies de présence et des ressources considérables, ces missions sont paradoxalement confrontées à une crise de légitimité profonde, cristallisée par des manifestations populaires hostiles et un sentiment généralisé de défiance, particulièrement dans l'Est du pays. Ces recherches proposent d'analyser les causes profondes de cette illégitimité. À partir d'une enquête de terrain menée à Goma auprès de 120 personnes et de 20 informateurs clés, et mobilisant un cadre théorique triangulé (constructivisme, théorie du complot, théorie des jeux et théorie de la fenêtre brisée), l'étude démontre que l'illégitimité des OMP découle d'une gouvernance mondiale ambiguë et jugée inefficace. Les résultats révèlent que 80 % des enquêtés ont une perception négative des OMP et 78 % les considèrent comme illégitimes, les accusant d'inaction face aux groupes armés, de bavures et de collusion avec des intérêts étrangers. Face à ce constat, les investigations proposent une prospective stratégique innovante, la « théorie stratégique du CHAT », qui, en s'appuyant sur une puissance hégémonique guidée par l'éthique, vise à restaurer la confiance et l'efficacité des missions de paix pour une acceptabilité sociale renouvelée.
Abstract
The Democratic Republic of Congo (DRC) is facing chronic insecurity that destabilizes the African Great Lakes region. In response to this crisis, the United Nations has deployed successive peacekeeping operations (PKOs), from ONUC (1960) to MONUSCO (2010). However, despite over two decades of presence and considerable resources, these missions are paradoxically confronted with a deep crisis of legitimacy, crystallized by hostile popular demonstrations and a widespread feeling of distrust, particularly in the eastern part of the country. This article analyzes the root causes of this illegitimacy. Based on a field survey conducted in Goma with 120 individuals and 20 key informants, and mobilizing a triangulated theoretical framework (constructivism, conspiracy theory, game theory, and broken windows theory), the study demonstrates that the illegitimacy of PKOs stems from an ambiguous and perceived ineffective global governance. The results reveal that 80% of respondents have a negative perception of PKOs and 78% consider them illegitimate, accusing them of inaction against armed groups, abuses, and collusion with foreign interests. Faced with this finding, the article proposes an innovative strategic foresight, the "CAT strategic theory," which, by relying on an ethical hegemonic power, aims to restore trust and effectiveness of peace missions for renewed social acceptability.